Allons donc, paraît-il que le 72ème Festival International du Film de Cannes est lancé. Fort bien. En guise d’ouverture donc : une déclaration d’amour au Cinéma, fun, décomplexée mais un peu bancale, signée Jim Jarmusch. Jim, cet « enfant de Cannes », cinéaste né sur la Croisette avec son premier film Stranger Than Paradise, Caméra d’Or du festival en 1984. Début d’une grande carrière, devenant petit à petit l’une des figures emblématiques du cinéma indépendant américain. Trois ans après son dernier long-métrage Paterson, bouleversant portrait d’un poète chauffeur de bus, véritable morceau de poésie, Jim Jarmusch revient en Compétition Officielle présenter The Dead Don’t Die, une comédie « zombiesque » pétrie de son style nonchalant mais relativement peu inspirée. Ouverture de festival en douceur.

Dans une petite ville paisible de campagne, les habitants sont attaqués par des zombies. Trois policiers et une mystérieuse Écossaise vont faire équipe pour les vaincre.

« Un casting à réveiller les morts » nous promettait l’affiche française de The Dead Don’t Die. Derrière l’aspect marketing de la sentence, on n’est pas si loin de la vérité. Qui, dans le milieu du cinéma indépendant américain, peut se targuer de pouvoir réunir une telle flopée de stars si ce n’est Wes Anderson ou Terrence Malick ? À croire que Jim Jarmusch aurait souhaité dédier son film à ses acteurs avant tout. D’autant plus qu’il y rassemble les figures emblématiques de sa filmographie. Via le duo principal, tout d’abord. Bill Murray comme tête de gondole, symbole de Broken Flowers, Grand Prix du Festival de Cannes en 2005. Puis Adam Driver, éblouissant dans son précédent film Paterson. Enfin, Tilda Swinton, l’égérie vampire du sublime Only Lovers Left Alive. Sans compter sur son ami Iggy Pop, protagoniste de son documentaire Gimmy Danger.

« The Dead Don’t Die est une double révérence : à ses acteurs donc, mais aussi au 7ème art. »

Pétri de références, entre Kill Bill, E.T., Star Wars ou encore les films de zombies de Georges Romero, tout le long-métrage respire certes la mort, mais surtout la vitalité du cinéma de genre ayant forgé l’imaginaire collectif depuis plusieurs décennies. Genre parfois oublié, voire « méprisé », Jim Jarmusch l’embrasse lui à bras ouverts et poursuit ainsi sa quête de mythes (vampires, samouraïs, cowboys) avec sa patte désormais inimitable.

Car derrière cette personnification et cette célébration du Cinéma, Jim Jarmusch réussit tout de même à injecter de son style si singulier. Peut-être même un peu trop, la machine semblant un peu trop bien huilée.

« Quoiqu’il en soit, l’absurdité et le dandysme fidèles au réalisateur sont encore une fois de rigueur. »

On y retrouve cette langueur nonchalante, ce flegme impérial, cette drôlerie déphasée, ce faux-rythme inquiétant… Tout Jarmusch (ou presque, la poésie en moins) se retrouve dans The Dead Don’t Die. Une nouveauté, ceci étant, se niche dans le sous-texte du film. Nous ayant habitué aux personnages vivant en marge de la société, voire carrément en dehors, il ne nous avait pour autant jamais vraiment sollicité sur le registre politique. Bien étrange choix que voilà. Jim Jarmusch se rebifferait-il ? Aurait-il voulu refaire le portrait de l’Amérique de Trump ? Difficile de s’avancer, tant, si c’est le cas, cela s’avère laborieux voire un peu simplet. Tacle des climato-sceptiques, du nationalisme, des nouvelles technologies, des dérives de la société de consommation nous transformant en zombies, … Hmmm, non Jim. C’est non. On se serait largement passé de cette morale légèrement réac’. On préférera croire que, là encore, ce n’est qu’un simple pied-de-nez à prendre au deuxième (voire troisième) degré. Du moins on l’espère.

critique du film the dead don't die

Fort sympathique, The Dead Don’t Die s’aborde donc comme un petit condensé de son auteur, en pilotage automatique certes, mais surtout comme une célébration du cinéma de genre. En ce sens, ce long-métrage s’avère particulièrement bien choisi pour faire l’ouverture du Festival de Cannes, entre festivités et hommage cinéphilique. Bien loin de ces grandes œuvres tels que Dead Man ou Only Lovers Left Alive, on appréciera autant The Dead Don’t Die pour sa fraîcheur que l’on blâmera pour sa paresse confortable. Un film ni réellement mort, ni réellement vivant, en soi. Zombie jusqu’au bout.

The Dead Don't Die (Critique) : un pied dans la tombe ?
3.0Note Finale
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