Quand Alexandre Astier se présenta à Albert Uderzo avec un scénario original, il ne pensait pas que ce dernier accepterait le projet – en effet, il est très difficile de toucher à Astérix. Quelle ne fut pas sa surprise quand l’auteur de 91 ans donna son accord pour la réalisation du film ! Astier raconte même qu’Uderzo fut très touché par cette nouvelle histoire, car René Goscinny et lui pensaient qu’il n’y avait plus de sujets fondamentaux à aborder. Or, après avoir vu Astérix Le Secret de la potion magique, on peut être sûr qu’il en restait un.

Dans Le Domaine des Dieux, le travail d’adaptation ne permettait pas vraiment à Alexandre Astier de s’exprimer librement, malgré le fait que le film porte totalement sa marque et son humour, tout droit sorti de Kaamelott. Dans Le Secret de la potion magique, ce problème n’existe pas, car tout est écrit de sa main. Astier a ainsi en sa possession la clé qui permet de débloquer l’univers d’Astérix pour arpenter de nouveaux chemins plus personnels – à moins que cette clé, ce ne soit lui.

Une transcendance des limites installées

Le premier élément essentiel qu’Alexandre Astier instaure dans son histoire est une temporalité en mouvement. Dans les bandes dessinées d’Uderzo et Goscinny, cette temporalité existe mais elle est immobile. Il y a des enfants, des adultes, des vieillards, mais pas de vieillesse. Aucun ne pense à son passé ou à son avenir, il n’y a pas cette idée de transmission et d’héritage. Or, Astier place ce thème de la transmission au cœur de son film, donnant indiscutablement à ses personnages un caractère plus humain. Lorsque Panoramix fait une terrible chute, il va d’abord être dans le déni, puis dans le doute face à ses propres capacités, avant de reconnaître qu’il serait peut être temps de trouver un successeur.

C’est alors qu’intervient Sulfurix, le méchant de l’histoire. Panoramix et Sulfurix étaient à une même époque les deux jeunes druides les plus puissants de toute la Gaule. Le premier, sage, devint l’héritier et connut un destin glorieux. Le second, plus téméraire, tomba dans la misère et l’oubli. Apprenant le désir de Panoramix de trouver un successeur, Sulfurix refait surface et compte bien saisir sa chance. Ce qu’il reproche au célèbre druide est d’utiliser la potion magique uniquement pour défendre son « petit village de moustachus », plutôt que de l’utiliser pour repousser l’envahisseur du pays et mettre un terme à cette interminable guerre. Ainsi, Alexandre Astier écrit un antagoniste sombre et complexe, bien éloigné des pantins ridicules que l’on pouvait retrouver dans la bande dessinée. En interview, Astier affirme « qu’on ne peut pas séparer la notion de potion magique de la notion de vertu », et, du coup, qu’ « on ne peut pas garantir la vertu de tout le monde ». Il questionne alors la disposition de l’homme à différencier le bien du mal, tout en y intégrant un sous-texte sur la naïveté et l’innocence que le final tout en finesse vient sublimer.

Un lieu de défoulement fun et jouissif

Astérix – Le Secret de la potion magique est aussi, et surtout, un merveilleux terrain de jeu où des potes se retrouvent pour délivrer un spectacle hilarant – le casting vocal, extrêmement varié, propose un spectacle d’une liberté absolue et d’une cohérence qui fait un bien fou. Dans la parfaite continuité de ce qu’Astier a construit avec Kaamelott, l’humour du film repose essentiellement sur le parler des personnages et les situations burlesques qui rentrent tous deux en dissonance avec l’époque où se déroule l’action – ici, en 50 avant J.C, environ. Dès le générique d’ouverture, Astier annonce la couleur en lançant You Spin Me Round de Dead or Alive, les personnages du village des irréductibles gaulois travaillant en rythme avec le tube des années 80. On navigue alors avec une fluidité déconcertante entre petites disputes habituelles des gaulois, naufrage systématique du bateau pirate, envol d’un chef romain façon Superman et combat titanesque entre deux monstres géants qui se termine dans l’espace – si, je vous assure, l’un d’eux va même taper un astéroïde. Arrivé vers la moitié du film, on ressent malheureusement une légère baisse de rythme d’une quinzaine de minutes qui ne vient pas pour autant contaminer l’ensemble.

Voilà ce qu’est le dernier Astérix : un film drôle et profond, à l’animation propre et efficace – bien que la co-réalisation avec Louis Clichy ne permet pas au film de tutoyer les sommets du genre, comme ce fut le cas avec le tout récent Les Indestructibles 2 de Brad Bird – qui explose les limites installées dans l’univers de la BD dans un bordel jouissif, mais cohérent, inondé de références à l’univers d’Astier ou autre – je ne vous spoile pas le gros clin d’œil direct à Kaamelott, il est fabuleux. Alexandre Astier ne nous révèle pas la recette de la potion magique, mais il nous montre les ingrédients nécessaires à la confection d’un parfait divertissement : fun, fluidité, profondeur. Un régal !

Florian Perron

Astérix : Le Secret de la potion magique (Critique) : recette du parfait divertissement
75%Note Finale

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