La fin de l’année arrive et la tradition perdure : c’est l’heure pour nous de réaliser notre top 10 des meilleurs films de 2018 ! Nous ne publierons pas un top commun, mais bien deux tops distincts. Deux tops pour deux personnalités et visions radicalement différentes (bien que nous soyons tous deux animés par la même chose : l’amour passionnel que l’on porte chacun au cinéma en lequel nous croyons réellement). Cette année, seul Paul Thomas Anderson aura su nous mettre tous deux totalement d’accord, ce qui n’est pas tellement surprenant quand on perçoit toute la virtuosité et la finesse de son cinéma.

 


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Top 10 de Florian Perron


 

10. Pentagon Papers, de Steven Spielberg

Il nous l’a déjà prouvé plusieurs fois : Steven Spielberg est capable de réaliser deux films prodigieux la même année, et ce avec une simplicité déconcertante. En parallèle de la très longue postproduction de Ready Player OneSpielberg réalise Pentagon Papers, film inspiré de faits authentiques sur l’un des premiers scoops de l’histoire du journalisme américain au début des années 70. Bien que le film ne transcende rien, son rythme hallucinant et sa maîtrise absolue l’élève sans soucis parmi les plus grandes œuvres de l’année. Pentagon Papers est une leçon de cinéma. Ne l’oublions pas.


9. Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell

Par où commencer ? Under the Sliver Lake est un voyage. C’est une odyssée qui nous transporte dans les tréfonds de l’apparence, dans une ville désenchantée, à la poursuite de mythes qui ont accompagnés toute une génération. Après It Follows qui représentait un nouveau souffle dans le cinéma d’horreur, David Robert Mitchell bouscule une nouvelle fois les codes et regarde vers l’avenir. Puissant.


8. La Forme de l’Eau, de Guillermo del Toro

Il y a toujours eu chez Guillermo del Toro cette volonté de créer des univers dans lesquels le spectateur n’est jamais tenu par la main. Cependant, dans La Forme de l’Eau, c’est assez différent. Après l’échec commercial du très bon Crimson Peakdel Toro décide de s’adresser à un plus grand nombre de spectateurs. C’est pourquoi ce film semble avoir un enrobage légèrement plus « grand public » que d’habitude (n’oublions pas toutefois qu’il s’agit d’une romance très sexuée entre une muette et un monstre aquatique). Pour autant, quand on se donne la peine de creuser un peu, on se rend compte que La Forme de l’Eau renferme une merveilleuse richesse. Ce n’est assurément pas le film le plus important de Guillermo del Toro, mais il s’agit sans aucun doute d’un de ses films les plus important pour lui.


7. The House That Jack Built, de Lars von Trier

Ce grand fou de Lars von Trier est inarrêtable. The House That Jack Built représente beaucoup de chose à la fois. Œuvre bilan du cinéaste par sa prise de recul sur son propre travail et sur sa condition d’homme et d’artiste. Œuvre somme par toutes les émotions qu’il suscite, par son aspect nihiliste, chaotique, apocalyptique (littéralement), par sa vision sur l’art et la société. Cela fait beaucoup pour un seul film, mais il n’y a que Lars von Trier pour faire tenir le tout avec une maîtrise folle.


6. Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

Film après film, Paul Thomas Anderson prouve sa maestria et se construit une filmographie en béton armé. La facilité avec laquelle il change de registre d’un film à l’autre tout en se renouvelant constamment est tout bonnement fascinante. Il y a dans Phantom Thread un goût très appuyé pour le détail, la matière et les sens. Le film dégage une atmosphère dont l’harmonie, d’une élégance rare, lui donne cet aspect hypnotique et envoûtant. Il sera nécessaire de se pencher de nouveau sur Phantom Thread pour en saisir toute la substance. C’est assez vertigineux.


5. Les Indestructibles 2, de Brad Bird

Quel bonheur de voir un tel film sortir aujourd’hui, à l’heure où les salles de cinéma sont envahies de trucs de super-héros tous plus fades les uns que les autres. Après Black Panther et autres Avengers : Infinity War sortis cette année, Brad Bird arrive et écrase facilement 10 ou 15 ans de cinéma de super-héros. Finalement, qu’y a-t-il eu de puissant dans le genre depuis les Spider-Man de Sam Raimi, les Hellboy de Del Toro et évidemment le premier Les Indestructibles (voire Incassable de M. Night Shyamalan si on remonte encore plus loin) ? Simple et incroyablement intelligent dans son approche, fin dans ses thématiques, hyper fun, totalement virtuose, Les Indestructibles 2 est une bombe. Tout simplement.


4. La Ballade de Buster Scruggs, de Joel & Ethan Coen

Voilà un sacré morceau de cinéma que nous proposent les frères Coen ! La Ballade de Buster Scruggs est un film à sketchs qui revisite toute la période du Far West en reprenant les codes du genre. C’est littéralement à travers un livre de contes que les différentes histoires nous sont montrées, telles des légendes, des mythes du Far West. Les pages du livre sont tournées par la main d’une personne âgée ; c’est cette question de la mémoire qui est posée, de l’héritage de l’Homme, de ce qu’il laisse derrière son passage. Il y a cette ombre de mort qui plane constamment sur le film, l’ombre de ce qui est mort et de ce qui est amené à mourir. C’est fascinant. Les frères Coen sont au sommet de leur art.


3. First Man : Le Premier Homme sur la Lune, de Damien Chazelle

Après Whiplash et La La Land, voir Damien Chazelle s’attaquer à un tel sujet pouvait surprendre… Mais il confirme avec First Man : Le Premier Homme sur la Lune qu’il est un cinéaste d’une rare intelligence. La façon dont il retourne le biopic pour ne traiter que de l’essence de ce qui constitue son cinéma est vraiment exaltant.

⇒ Lire notre critique


2. Roma, d’Alfonso Cuarón

Très éloigné du blockbuster de franchise, du film d’anticipation dystopique et du drame dans l’espace, Roma montre un cinéaste qui désire revenir à quelque chose de plus intime. En replongeant dans son enfance, en tournant dans son pays natal, Alfonso Cuarón retrouve les sensations de tu mamá también. Et pourtant, Les Fils de l’Homme et surtout Gravity ne sont jamais très loin. Ils sont même très proches. Si proches que ça en devient totalement subjuguant. Une nouvelle fois, Cuarón touche au sublime.

⇒ Lire notre critique


1. Ready Player One, de Steven Spielberg

Je me rappelle de la façon dont une grande partie des spectateurs ont réagit aux premières bandes-annonces ainsi que le malentendu au niveau du marketing. Je revois ces gens qui arrivent en salle avec une attente décalée et qui ressortent en étant passés complètement à côté du film. Puis je lis et entends, encore aujourd’hui, ces mêmes personnes cracher sur le film avec un cynisme qui me rends profondément triste (surtout quand ceux-là s’agenouillent devant des Infinity War ou autres conneries du genre)… Les gens se rendent-ils compte qu’il s’agit d’un film de Steven Spielberg ?

Ce dernier nous invite constamment à désacraliser cette pop culture pour passer à autre chose ; il invite à regarder vers l’arrière, à remonter aux sources, pour mieux voir vers l’avant. Ce qu’il dépeint dans Ready Player One est un monde dans lequel les gens cherchent à fuir un enfer grâce à l’Oasis (ce qui est une voie sans issue, sans espoir), alors qu’ils pourraient bâtir ensemble un monde meilleur. Il y a tant à dire sur cette œuvre, mais ce n’est pas l’endroit pour en parler. Un film d’une telle ampleur peut difficilement être dénué de défauts, mais la générosité, la virtuosité, l’amour de Spielberg pour ce qu’il raconte et sa foi envers le cinéma transcende tout. Steven Spielberg est un géant.

 

Aux portes du top 10 :

  • Climax, de Gaspar Noé ⇒ Lire notre critique
  • Astérix : Le Secret de la potion magique, de Louis Clichy et Alexandre Astier ⇒ Lire notre critique
  • 3 Billboards : Les Panneaux de la Vengeance, de Martin McDonagh
  • Burning, de Lee Chang-dong

 

 


adrien dehas auteur cinemarium

Top 10 d’Adrien Dehas


 

10. Amanda, de Mikhaël Hers

9. The Rider, de Chloé Zhao

8. Les Frères Sisters, de Jacques Audiard

7. Une affaire de famille, de Hirokazu Kore-eda

⇒ Lire notre critique

6. Le Grand Bal, de Laetitia Carton

5. Le Poirier sauvage, de Nuri Bilge Ceylan

4. Senses, de Ryūsuke Hamaguchi

3. Seule sur la plage la nuit, de Hong Sang-soo

2. Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

1. Burning, de Lee Chang-dong

 


 

Aux portes du top 10 :

  • The Spy Gone North, de Yoon Jong-bin
  • Grass, de Hong Sang-soo
  • The Third Murder, de Hirokazu Kore-eda
  • Jusqu’à la Garde, de Xavier Legrand
  • Silvio et les autres, de Paolo Sorrentino

 

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