Le film de zombies représente un genre à lui tout seul. Si, dans les années 70-80, Georges Romero (La Nuit des morts-vivants, Zombie) pouvait se sentir bien seul aux commandes, c’est peu dire que ce registre nourrit maintenant la culture populaire. Au-delà de nanars et blockbusters aseptisés (et outre The Walking Dead et les marcheurs blancs de Game of Thrones), certains cinéastes talentueux se sont prêtés à l’exercice, et ce avec beaucoup de réussite. Récemment, l’excellent Dernier Train pour Busan en fut la preuve. Ironiquement, c’est souvent par le prisme de la comédie que les zombies trouvent de leur mordant. Entre Bienvenue à Zombieland, Shaun of the Dead ou à ne pas en douter le prochain essai de Jim Jarmusch The Dead Don’t Die, le zombie a de la ressource comique. Et c’est au travers de cette dernière catégorie que Ne Coupez Pas ! vient apporter sa jolie pierre à l’édifice. Prix du public du dernier festival Kinotayo, la fiction à caractère étudiante de Shinchiro Ueda explose les frontières et s’offre un succès totalement inespéré. On tient là l’une des grandes surprises de l’année 2019 !

Alors qu’un jeune réalisateur japonais et son équipe tournent un film de zombies à petit budget dans des locaux désaffectés de la Seconde Guerre Mondiale, tout tourne mal quand ils doivent faire face de véritables zombies sur le plateau…

Image du film ne coupez pas !

Ne Coupez pas ! fait partie de ces histoires de Cinéma dont on aimerait en entendre bien plus souvent. Réalisé avec trois francs six sous par une équipe étudiante, et initialement diffusé une seule semaine dans une unique salle tokyoïte, le bouche à oreille se fait à vitesse lumière et c’est bientôt tout le pays qui s’arrache le film. Résultat, 27.000 dollars de budget pour une exploitation dans plus de 300 salles et des recettes de l’ordre de 26 millions de dollars rien qu’au Japon ! Le long-métrage s’exporte maintenant à l’étranger et continue sa folle destinée. Mais jusqu’où ira-t-il ?

« Vraisemblablement, un objet de culte est né avec Ne coupez pas ! »

Maintenant, est-ce que tout cela est bien mérité ? La réponse est oui. Et pas qu’un peu. Difficile de se remémorer la dernière fois que l’on ne nous avait pas proposé quelque chose d’aussi hilarant. A s’en décrocher la mâchoire, Shinchiro Ueda signe un véritable coup de génie. Sincérité débordante, ingéniosité hors-norme, grande humilité, pépite d’écriture… Un amas de superlatifs à réveiller les morts, en soi. Sa grande force réside dans sa faculté à nous surprendre sans cesse, court-circuitant avec brio ce que l’on imagine se passer à l’écran. Commençant par un plan-séquence de 37min (!), première explication du titre, celui-ci mute goutte de sang après goutte de sang, pour devenir bien plus malin et abouti qu’il n’y paraît… Attention donc aux faux-semblants ! Derrière le film de série B se niche une proposition artistique à ne surtout pas rater.

ne coupez pas ! de Shin'ichirō Ueda

ALERTE SPOILER : NE LISEZ PLUS !

Impossible de ne pas porter le long-métrage au pinacle sans spoiler son contenu. Car si toute la première partie en plan-séquence propose déjà quelques séquences savoureuses, tout prend irrémédiablement de l’ampleur lorsque les couches fictionnelles s’imbriquent. En faisant le pari ultra audacieux de nous proposer deux fois le même film mais vu sous deux angles totalement différents (voire trois), le cinéaste japonais permet à sa mise en abyme de triompher grâce à deux principaux leviers. Premièrement, il y décuple de manière significative son degré d’humour. En jouant à retardement sur le comique de répétition, tout fonctionne à merveille. Les chutes de caméra, la nature des dialogues, les apparitions et comportements absurdes des acteurs, la nature des plans… L’ensemble des anomalies de la première partie trouvent maintenant sens et surtout grâce à nos yeux.

« Alors que la surprise se mêle au souvenir, tout devient limpide et à mourir de rire »

Par ailleurs, dans l’ombre de cette gigantesque farce, Ueda signe par ce procédé une véritable déclaration d’amour au Cinéma. A la manière de La Nuit américaine, un des chefs-d’œuvre de François Truffaut, le réalisateur nippon nous invite ainsi à découvrir les grandes joies et folies de créer, les aléas et les difficultés de tournage, le pouvoir de l’imaginaire, la magie du montage… Bref, il y décortique avec malice tous les ingrédients de cet art foncièrement menteur et qui, pourtant, nous semble si réel. Nous logeant d’abord comme simple spectateur, l’équipe du film nous propulse rapidement comme complice privilégié pour nous faire chaleureusement participer à cette grande cour de récré qu’est la leur. Un parc d’attractions pétri de candeur, de travail, d’audace et d’humilité, dans lequel on resterait volontiers enfant encore quelques heures.

Au final, Ne Coupez Pas ! offre l’expérience relativement rare de ressentir une réelle synergie dans la salle. Tous concernés, tous témoins d’une surprise totale, on assiste hilare à l’émergence d’un possible phénomène filmique de groupe, comme ont pu l’être The Room ou The Rocky Horror Picture Show. Reste à espérer que cette pépite venue d’ailleurs soit correctement distribuée par chez nous, tant son potentiel d’adhésion auprès du public occidental semble indiscutable et inépuisable. Affaire à suivre.

Ne coupez pas ! (Critique) : ne le ratez pas !
4.0Note Finale
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