Initiée en 2006, la série télévisée à succès Minuscule : La Vie privée des insectes posait les bases d’un univers riche qui sera développé par la suite à travers deux longs-métrages : Minuscule : La Vallée des fourmis perdues, dans un premier temps, César du Meilleur film d’animation en 2015, puis Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde, 5 ans après la sortie du premier opus. Le retour d’Hélène Giraud et de Thomas Szabo à la réalisation est l’occasion pour nous de revenir sur cet univers si singulier.

Minuscule : un univers riche et singulier

En 1998, DreamWorks et Pixar lancent Fourmiz et 1001 pattes. L’animation en image de synthèse s’immisce pour la première fois dans le monde des insectes. Cependant, l’univers de Minuscule parvient à trouver sa singularité ailleurs. Bien que cela ne soit pas novateur, la série télévisée de 2006 utilise un mélange de prises de vues réelles et d’amination 3D, technique que les longs-métrages vont profondément développer pour sublimer l’ensemble. Les CGI vont alors s’harmoniser dans un mixe de tournage live, de décors naturels, de trucages, de maquettes… Là où la série était assez pauvre d’un point de vue technique, les films, et particulièrement le dernier, font preuve d’une vitalité visuelle revigorante. Pour les plus curieux, le journaliste spécialisé Julien Dupuy – qu’on apprécie beaucoup – est l’auteur du livre Les Coulisses de Minuscule : Les Mandibules du bout du monde dans lequel il s’attarde sur les secrets de conception de Minuscule. Jetez-y un œil !

Au-delà de la technique, ce qui rend Minuscule assez unique n’est autre que son parti pris narratif. Là où l’animation traditionnelle pousse l’anthropomorphisme à son plus haut degré, Giraud et Szabo s’en écarte le plus possible. Aucun nom, aucun dialogue, aucune émotion physique : le spectateur est plongé dans un univers réaliste avec de vrais insectes. Là est tout le pari de Minuscule : réussir à capter l’attention du spectateur par des images et des sons. Alors qu’un film plus classique aurait tendance à rendre attachant un personnage pour que l’on puisse se projeter émotionnellement dans le monde qui l’entoure, Minuscule mise tout sur son monde pour ensuite créer une empathie pour ses personnages. On pense parfois à Jacques Tati et son personnage muet de Monsieur Hulot, ainsi qu’à Sylvain Chomet avec Les Triplettes de Belleville (sifflet de la grand-mère / sifflement de la fourmi).

Un voyage plus ambitieux, plus beau, mais toujours bancal

Avec Minuscule 2, Hélène Giraud et Thomas Szabo annoncent un voyage plus ambitieux, avec plus de péripéties et d’émotions. Après tout, c’est ce dont nous avions besoin après un premier film intéressant mais légèrement timide. En utilisant la photogrammétrie (reconstitution exacte en images de synthèse d’un lieu réel), Minuscule 2 brise les contraintes physiques du tournage traditionnel pour réellement libérer sa mise en scène : le film gagne ainsi en fluidité en se permettant par exemple de réaliser des mouvements impossibles et des changements d’échelle dans un même plan. Ce second opus est également l’occasion pour nos deux réalisateurs d’emmener le spectateur dans une aventure autour du monde. En effet, le dépaysement est total ! Dans les airs sur un navire volant, en mer dans le ventre d’un requin ou sur terre dans une forêt tropicale, nos petites bestioles voyagent, chapeau sur la tête tel Indiana.

Cela nous permet d’enchaîner sur un élément absolument crucial de Minuscule 2 : la musique. Toutes ces aventures sont accompagnées par les merveilleuses compositions de Mathieu Lamboley, absent au premier film – et cela se ressent. Cependant, plus qu’un accompagnement, les musiques épousent l’action et dirigent la narration. Sans elles, le film ne fonctionnerait tout simplement pas. On se retrouve alors avec un film d’animation sans dialogue, visuellement ambitieux, original et doté d’une narration novatrice. Bref, un film français au caractère presque expérimental qui plaît aussi bien aux tout-petits qu’aux plus grands, et qui rencontre un beau succès commercial et critique. C’est assez rare pour le souligner. Toutefois, Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde ne parvient pas à éviter certains défauts.

Malgré la promesse d’un grand voyage, Minuscule 2 n’arrive pas – de nouveau – à se lâcher complètement. C’est d’autant plus dommage quand on a une BO aussi merveilleuse et un univers au potentiel si grand. Sur toute la durée du film, une seule scène reste véritablement en tête : celle de la cérémonie. Il s’agit du seul moment où images et sons entrent dans une osmose parfaite pour nous toucher profondément. Tout le film est articulé autour d’un montage alterné suivant deux groupes de personnages, l’un voulant retrouver l’autre. Cependant, les diverses péripéties ne passionnent pas et la réunion tant attendue des deux groupes tombe un peu à plat. On aurait également apprécié que ce message écologique – sorte de parenthèse assez lourde – se transforme en véritable propos pertinent. Néanmoins, Minuscule 2 est une proposition de cinéma rafraîchissante et visuellement ambitieuse et très appliquée. Saluons cela.

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