Sixième film de la talentueuse cinéaste Mia Hansen-Løve, Maya marque son retour en salles après l’acclamé L’Avenir, Ours d’Argent du meilleur réalisateur à la Berlinale de 2016. Son dernier long-métrage se profile à la fois comme une continuité de sa filmographie par l’abord des thématiques qui l’obsèdent (l’ambiguïté des rapports amoureux et familiaux, la résilience) mais aussi comme une rupture en se projetant loin de son pays natal, à Goa, ville multiculturelle de l’Inde.

Un mois plus tôt Maya, sortait en France le nouveau film – formidable – de Mikhaël Hers, Amanda. Et qu’il est difficile de ne pas mettre en parallèle ces deux propositions artistiques, tant celles-ci semblent se rendre la pareille. Sujets de fond forts et sensibles (terrorisme VS prise d’otages), mise en lumière du protagoniste par une présence féminine plus jeune et candide, tendresse juxtaposée à la douleur, l’insistance dans la mouvance… Même dans le choix du titre, les deux cinéastes partagent une étrange similarité. Cette association permet de mettre en exergue quelques-uns des (nombreux) angles savamment travaillés dans l’œuvre de Mia Hansen-Løve.

image du film maya

Aux confins de la dualité

Comme à son aise, la réalisatrice française parvient avec brio à retranscrire les tourments intimes de ses personnages. Et qui de mieux que Roman Kolinka (3ème apparition dans sa filmographie après ses rôles dans le bouleversant Eden et L’Avenir), acteur intrinsèquement tourmenté, pour en interpréter toute l’essence ? Reporter de guerre taiseux et taciturne, il incarne avec grande pudeur les traumas assimilés à son ex situation d’otage. Sauf que voilà, cet aspect n’est au final jamais vraiment traité. Du moins pas directement. De manière assez novatrice et pertinente, Mia Hansen-Løve fait fi de toute psychanalyse de comptoir, se « contentant » d’en faire une toile de fond aussi soyeuse que prédatrice.

Presque égoïste, le protagoniste Gabriel, proche d’un héros de littérature, en dit peu. Il n’a d’ailleurs guère plus de considération pour sa vie d’avant sa séquestration – en témoigne sa relation ambiguë avec sa compagne retrouvée. Sur un coup de tête, il balaie ceux qui l’ont tant attendu pour entamer un périple en Inde. Cette idée de basculement soudain trouve son paroxysme dans le plus beau plan du film : lorsque la caméra de Mia Hansen-Løve capte Gabriel dans sa voiture arpentant les rues de Paris et où, en une rotation sans coupure, nous amène directement en Inde par le prisme du pare-brise. Pas de départ, pas d’arrivée : tout est suggéré par cette merveilleuse idée de pure mise en scène. Et c’est justement par cette position d’exil soudain, tout sauf naturelle, que Mia Hansen-Løve trouve sa singularité et permet d’établir une vraie proposition de cinéma.

Tout à l’opposé, il y a le personnage de Maya, incarné par la lumineuse Aarshi Banerjee (premier rôle au cinéma). N’ayant jamais quitté son pays, n’ayant vraisemblablement jamais connu l’amour, elle offre un point d’ancrage sensible au film. C’est elle, insouciante et en pleine fleur de l’âge, qui permettra à Gabriel de faire son introspection et de se retrouver. Inévitablement, une idylle romanesque se noue entre eux. Assez forte pour le retenir ? Après tout, comme dit dans le jargon populaire : les contraires s’attirent (sic).

deuxième image du film maya

Voyage en terre (pas si) inconnue

Gabriel a soif de voyages et d’aventures. Par sa profession, dont il ne « sait faire que ça » selon ses dires, il lui incombe de se rendre en permanence à l’étranger. Cet amour du terrain, indéfectible, explique en partie son départ en Inde. Néanmoins, le choix de cette destination n’est pas le fruit du hasard. Au-delà de son besoin d’évasion, il affiche comme projet de réinvestir la maison de son enfance à Goa – y ayant passé les dix premières années de sa vie – mais également de retrouver sa mère restée vivre à Bombay. C’est donc tout un voyage initiatique qui l’attend, l’amenant à retracer son histoire qui aurait bien pu s’arrêter brutalement et tragiquement en Syrie. Très vite, ses marques sont prises, de sorte qu’il y semble bien plus « chez lui » qu’en France. Le grand pouvoir de l’expatriation… Quelque part, Mia Hansen-Løve fait ainsi écho aux films de son mari dans la vie, le renommé Olivier Assayas, adepte du déracinement et de l’acculturation (Paris-Londres-Vancouver dans Clean, Paris-Zurich dans Sils Maria, etc.)

Grâce à Maya, guide affiliée à Gabriel par son parrain, le voyage prend également une dimension culturelle ainsi qu’une autre plus enlevée, plus terre-à-terre, permettant à la romance de germer tendrement, lentement mais sûrement. La réalisatrice prend ainsi le temps de mouvoir ses personnages (marche, voiture, scooter, train, vélo, voilier, rickshaw : tout y passe !), comme si le mouvement avait la vertu de rendre sa préciosité à l’instant se vivant entre chaque étape du périple.

Malgré un léger manque d’intensité, le miel de Maya fait mouche. Son dernier essai confirme une nouvelle fois que Mia Hansen-Løve est bien l’une des cinéastes contemporaines les plus douées dans l’hexagone, extrêmement sensible dans sa narration et précise dans sa mise en scène. Prochaine étape pour elle, la Suède. Après la moiteur du Sud, le grand froid venu du Nord. Une aventure à suivre.

Maya (Critique) : Goa, mon amour
3.5Note Finale
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