300 000 dollars de budget, 3 semaines de tournage, un masque, un couteau et quelques notes de musique. En 1978, à seulement 30 ans, John Carpenter réalise un pilier inamovible de l’horreur : le cultissime Halloween : La Nuit des masques. 40 ans plus tard, Michael Myers revient hanter le jour du 31 Octobre, faisant une croix sur les 9 suites et remakes réalisées depuis, positionnant ainsi ce nouvel Halloween en tant que « vraie » suite de l’original – avec comme producteur Carpenter lui-même. Une question se pose alors : comment réussir une suite d’un film parfait dans sa conception, qui disait déjà tout avec presque rien, sans tomber dans la redite ou le hors sujet ? Ce défi quasi impossible, David Gordon Green le relève. Attention, ça va spoiler.

Le retour réussi de Michael Myers

Dès l’ouverture, le film nous présente un couple – sorte de Warren de Conjuring, version 2.0 – réalisant une enquête sur Michael Myers, désormais enfermé dans un asile psychiatrique. Alors que le film de 1978 nous montrait d’emblée la fuite de Myers, cette incarnation du Mal qui se volatilise dans la nuit, le Halloween de 2018 nous montre son incarcération, le jour, en dévoilant quelques parties de son visage. Avec cette introduction déconcertante, où le duo d’investigateurs tente de mettre des mots sur les origines et les convictions du tueur sans visage, le film semble prendre le sujet par le mauvais bout. Heureusement, celui-ci va très vite nous faire comprendre une chose : Michael Myers, ça ne s’explique pas. Après s’être évadé, Myers va retrouver et assassiner ce couple qui s’était un peu trop intéressé à lui, avant de revêtir le masque.

31 Octobre, la nuit tombe, la nuit des masques ; le Mal est ici, invisible, tout autour de nous, prêt à agir. Le générique, reprenant le concept de l’original – entendre cette musique au cinéma procure un plaisir absolu –, nous montrait une citrouille écrasée qui se reconstituait, symbolisant la régénération, le Mal qui reprend vie. Il disait vrai. Michael Myers est de retour. Halloween est lancé, mais il ne tardera malheureusement pas à tomber dans les travers de la classique suite un peu foireuse…

Un héritage trop dur à supporter

À travers un plan séquence froid et sans compassion, épousant aussi bien le regard du tueur, éliminant ses victimes d’une maison à l’autre, que celui du voyeur, témoin des meurtres, Halloween dit tout sans prononcer le moindre mot. Assurément le point culminant du long-métrage, cette scène marque à son terme le début d’une décadence vers la banalité. Le film annonçait dans un premier temps le grand retour de Michael Myers, mais il montre également le retour de Laurie Strode (Jamie Lee Curtis). 40 ans plus tard, l’ex-baby-sitter est devenue une sorte de cow-boy névrosé qui ne vit que pour une chose : retrouver et tuer Michael Myers. Le film ne peut ainsi s’empêcher de ressusciter l’affrontement final entre les deux protagonistes et d’en faire un fil rouge de l’intrigue. On assiste donc, sans tension, à un duel dénué de sens, où Laurie attend dans sa forteresse piégée que Myers morde à l’hameçon.

Plusieurs options s’offraient à David Gordon Green, et ce dernier à choisi la sécurité. Son Halloween est avant tout un hommage à celui de Carpenter qui ravira les fans de la première heure. En voulant être fidèle, il en vient à copier l’original avec moins de pertinence, et en voulant apporter du sang neuf, il lui arrive de passer à côté de son sujet – l’intrigue autour de la famille de Laurie Strode n’apporte rien. On apprécie toutefois la mise en scène à la fois soignée et brutale, mettant en lumière un excellent Michael Myers. Mais le constat est sans appel : l’héritage laissé par l’original est bien trop lourd et écrase sa suite, fébrile, empêchant inévitablement cette dernière de rayonner pleinement.

Florian Perron

Halloween (Critique) : une suite dans l'ombre de l'original
50%Note Finale

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