Qui d’autre que Robert Zemeckis pouvait porter à l’écran l’histoire d’un tel rêveur ? En 2010, le documentaire Marwencol, explorant la vie et le travail de l’artiste et photographe Mark Hogancamp, sortit au États-Unis. Le coup de cœur est immédiat pour le réalisateur de Retour vers le Futur qui attendra malgré tout quelques années avant d’en faire un long-métrage. Aujourd’hui, ce projet un peu fou et tiré d’une histoire vraie nous parvient enfin, et il s’intitule Bienvenue à Marwen.

image du film bienvenue à marwen

Zemeckis : honnêteté, cohérence… évidence

Peu importe ce que l’on peut penser de Zemeckis, on ne peut lui retirer deux choses. La première, et les gens ont tendance à l’oublier, c’est qu’il est un acteur majeur de l’évolution du langage cinématographique. La technologie qu’il met en place en 2004 dans Le Pôle Express, à savoir la « performance capture » (qu’il préfère lui-même appeler « cinéma virtuel »), ouvre de nouvelles voies dans la manière de concevoir la mise en scène au cinéma. Quelques années plus tard, James Cameron va sublimer cette technologie, tant d’un point de vue purement technique que dans son utilisation à des fins narratives. Avatar, chef d’œuvre absolu de son auteur, va engendrer une prise de conscience de la part des spectateurs et critiques. Cependant, Robert Zemeckis avait auparavant tourné à trois reprises en « performance capture ». Malheureusement, à l’époque, ses films ne sont pas compris pour ce qu’ils sont réellement dans leur conception. Et ça, c’est assez injuste.

Après ce bref résumé de la situation à l’époque, on en arrive au second point. L’injustice est d’autant plus grande quand on connaît toute l’honnêteté de la démarche du cinéaste. Trucages dans Forrest Gump, 3D dans La Légende de Beowulf, performance capture dans Bienvenue à Marwen : à quelques exceptions près, toutes les expérimentations numériques constamment recherchées au cours de sa carrière existent essentiellement pour des besoins narratifs. Voilà. Ça y est. On pointe du doigt l’élément essentiel : Bienvenue à Marwen est un film d’une cohérence totale. Imparfait, inégal, incomplet, parfois un peu facile, mais toujours d’une très grande cohérence. Robert Zemeckis est un excellent conteur. Quand il s’approprie cette histoire vraie ayant déjà fait l’objet d’un documentaire, il désire la raconter de la manière la plus innovante, cohérente et personnelle possible. En cela, ce projet nous rappelle très logiquement le merveilleux Ready Player One de tonton Spielberg (lequel occupe la 1ère place d’un de nos deux tops des meilleurs films de 2018) qui se réappropriait le roman d’Ernest Cline pour proposer tout autre chose. Rien que pour ça, Robert Zemeckis force le respect.

deuxième image du film bienvenue à marwen

Un film qui fait du bien

Après un violent passage à tabac, Mark Hogancamp (Steve Carell) se retrouve dans le coma. À son réveil, tout ce qu’il était et tous ses souvenirs disparaissent instantanément. Pour affronter la dure réalité, Mark s’évade dans le monde imaginaire qu’il s’est crée : Marwen. Avec ce film, Robert Zemeckis réunit tout naturellement deux aspects de son cinéma : le plus classique, de sa période post-Oscars jusqu’au tout début des années 2000, et le virtuel, depuis la révolution Le Pôle Express. Ici, la « performance capture » s’impose comme une évidence pour créer le lien entre ces deux pans. Tout le film s’articule autour de cette idée. Le principe même de cette technologie réside en l’abolition de la matérialité d’un lieu qui, de fait, impose des contraintes lors d’un tournage traditionnel. En se réfugiant dans son monde, Mark s’extirpe de cette réalité pour créer ses propres lois, c’est-à-dire aucune règle. La liberté.

Bienvenue à Marwen est un film à part, totalement replié sur lui-même. Robert Zemeckis ne s’évadera quasiment jamais du point de vue de son personnage principal malade, donnant au film cet aspect autiste. Ceci est évidemment un choix scénaristique qui donne une vraie personnalité au long-métrage et un côté extrêmement intime. On ressent même de la folie, voire, à une certaine échelle, un soupçon de trash débridé, de politiquement incorrect. Après tout, nous regardons à travers les yeux d’un homme qui, à l’image de Forrest, n’a plus conscience des conventions en place. Mais ce choix pour le moins radical va limiter le film sur certains aspects. On regrette notamment ce traitement un peu léger du traumatisme ou encore quelques scènes de la réalité parfois assez banales. Bienvenue à Marwen est donc un objet cinématographique passionnant et passionné dont l’émotion nous laisse parfois assez extérieur. Il est virtuose dans ses mécaniques de narration, dans le passage du réel à l’imaginaire, mais aussi un peu trop mesuré à certains moments. La splendeur et la finesse d’un Steven Spielberg ne sont pas encore là. Toutefois, avec ce film, Zemeckis nous fait du bien, à nous ainsi qu’au cinéma. Et pour ça : merci.

Bienvenue à Marwen (Critique) : histoire d'un rêveur par un rêveur
3.5Note Finale
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