Sous les cris, les pleurs et les applaudissements des fans, la première ère du Marvel Cinematic Universe s’achève. Il aura fallu attendre 11 ans et 22 films pour que Disney mette un premier « point-virgule » à sa longue saga super-héroïque entamée par Iron Man en 2008. Le tant attendu Avengers : Endgame s’impose ainsi comme le film de la conclusion, ou plutôt de la transition : il ferme la première boucle et ouvre la suivante dans son final, celle de l’héritage.

Au-delà du fait qu’Avengers : Endgame est une véritable catastrophe artistique – j’entends de nouveau les hurlements des fans, mais je préfère de suite me débarrasser de ça – il est intéressant de se pencher sur la façon dont le film est reçu par le public. Sur internet, l’événement créer un véritable tremblement de terre : la course à la critique fait rage, les avis et articles de toutes sortes se faisant plus nombreux d’année en année. En naviguant dans cet espace vaste et parfois assez inquiétant, on se rend compte que quelque chose à été oublié en chemin : le cinéma.

Les gens restent cloisonnés dans un bunker sous terre pour se protéger de la tempête de spoilers qui approche – j’exagère à peine – des centaines de théories circulent, on se demande qui va vivre, qui va mourir, quels acteurs sont encore sous contrat, que va t-il se passer dans la scène post-générique… En réalité, Avengers : Endgame ressemble plus au dernier épisode d’une saison de la série TV populaire du moment qu’à un véritable long-métrage de cinéma. D’ailleurs, la sortie simultanée de la dernière saison de Game of Thrones montre des réactions tout à fait similaires de la part du public. Mais, je ne vous apprends rien en disant ça. Tous les épisodes sont formatés, il n’y a aucune réelle possibilité pour les réalisateurs de s’exprimer personnellement : il faut que tout cela rentre dans un beau moule bien lisse et sans prise de risque. Rajoutons à cela le fait que les films sont tous plus ou moins liés entre eux et que chacun part du principe que le reste a été vu pour que le spectateur puisse tout comprendre – et si ce n’est pas le cas, tant pis, celui-ci est laissé de côté. Bref, formellement, ce que nous propose le MCU n’est autre qu’une série qui s’adresse avant tout à ses fans. De fait, il n’y a rien d’étonnant à voir les gens parler de tout sauf de cinéma, ça n’est que le résultat d’une prise de position artistique de la part de Disney.

« Les gens sont plus passionnés par la péripétie en elle-même que par la façon dont celle-ci est amenée et montrée. »

Tout cela est tout à fait critiquable et pose de nombreuses questions. Mais il y a une chose qui me tracasse depuis longtemps et qui me frappe particulièrement avec ce Avengers : Endgame : les gens sont plus passionnés par la péripétie en elle-même que par la façon dont celle-ci est amenée et montrée. Cette conclusion promettait une grande bataille finale épique : elle a lieu, les gens sont conquis. Peu importe que cette bataille soit illisible et totalement dégueulasse – on est sur un mélange de tons gris et marrons, assez proches de la matière fécale – les gens ont ce qu’ils veulent. Les super-héros arrivent, chacun leur tour, sous les applaudissements du public qui acclament leurs personnages préférés parce que… leurs personnages préférés sont là et que… ils bougent sur l’écran et… du coup on les applaudit (??). C’est également le temps des adieux : l’ère des Avengers semble révolue, nos acteurs/héros en fin de contrat doivent dire au revoir aux fans. Alors on les montre. Longtemps. Très longtemps. Trop longtemps. On étiiiiiiiire les scènes pour que les fans puissent passer du temps avec eux. Mais, au final, je n’ai absolument pas envie de m’attaquer à ces derniers. Tous ces cris et ces pleurs dans la salle de cinéma sont réellement déconcertants d’un point de vue comme le mien, mais ils peuvent tout à fait se comprendre – en revanche, je ne dis pas que cela n’est pas un peu triste, il ne faut pas déconner non plus.

critique du film avengers endgame

Prenons comme exemple Star Wars. Pourquoi la trilogie originelle a t-elle aussi bien marché ? Pourquoi émerveille t-elle aujourd’hui des générations qui ne l’ont pas connu à sa sortie ? Le génie de George Lucas et toute son équipe va bien évidemment au-delà du MCU qui donne à manger à ses fans avec des produits formatés. Il y a dans Star Wars toute la construction d’une réelle mythologie complexe et universelle. La trilogie traverse les âges, marque les esprits et parle à tout le monde justement parce qu’il y a quelque chose derrière la simple péripétie : il y a un univers incroyablement dense et infini qui s’ouvre vers l’extérieur. Star Wars traite simplement son univers de sorte à ce que les gens aient envie de regarder les étoiles. À l’inverse, la stratégie « nostalgie doudou » que Disney met en place depuis maintenant quelques années est totalement repliée sur elle même. La firme aux grandes oreilles est sur le toit du monde aujourd’hui, mais ses productions, bien qu’elles déplacent encore les foules, ne font plus rêver que les fans. C’est un débat très large que j’ouvre ici, et je ne suis assurément pas le mieux placé pour en discuter, mais je pense sincèrement que le temps parlera de lui-même…

« On ne ressent absolument jamais le poids des événements. »

Quelques jours sont passés et je ne parviens sincèrement pas à me remémorer ne serait-ce qu’un seul plan un peu fort dans ce Avengers : Endgame. Rappelons tout de même que nous avons devant nous tous les super-héros réunis dans un même but : rassembler les Pierres d’Infinité pour sauver l’humanité. Malgré cela, pas la moindre image iconique me parvient, hormis les quelques plans où tous les héros prennent la pose en regardant l’horizon – pas bête, cela fera des fonds d’écran parfaits pour les fans ! Le point de départ du film est clair : la moitié de l’humanité a été éradiquée. Si ce n’est dans la scène d’ouverture tout à fait correcte, et peut-être brièvement dans un ou deux backgrounds de personnages, on ne ressent absolument jamais le poids des événements. De plus, comment peut-on franchement s’investir émotionnellement dans la mort de Spider-Man ou de Black Panther à la fin d’Avengers : Infinity War alors même que l’agenda des prochains films de MCU prouve qu’ils vont revivre pour avoir droit à leurs suites ? C’est tout de même assez exceptionnel de voir Peter Parker faire le clown dans le trailer de Spider-Man : Far From Home alors qu’il est censé être mort et désintégré au début d’Avengers : Endgame, qui n’est pas encore sorti à ce moment là. Il y a tant à dire, mais je préfère m’arrêter ici.

Ce que l’on retient de ce constat, c’est encore une fois la mise en avant de la simple péripétie dénuée de toute substance. Peu importe comment tout cela est articulé, ce qui compte n’est autre que le super-héros lui-même et les actions qu’il accomplit. En bref, Disney nous sert ses menus fast-foods que l’on consomme et oublie aussitôt. Sans vouloir jouer les devins, on peut se poser des questions quant à la trace réelle que laissera la saga dans le temps.

Avengers : Endgame (Critique) : l’amour de la péripétie
1.5Note Finale
Partager :

2 Réponses

    • Florian

      Il y a un paquet de blockbusters, même récents, qui me font autrement plus vibrer que cette bouillie qu’il est difficile de qualifier de film. Je pense notamment à : Avatar, Fury Road, Ready Player One, Tintin, Pacific Rim, Le Hobbit ou même Alita : Battle Angel (et évidemment Les Indestructibles 1&2 ou les Spider-Man de Sam Raimi, pour rester dans le genre). Et j’en oublie beaucoup. Libre à toi de t’extasier devant ça, mais le « pisse froid » n’est vraiment pas approprié 🙂

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.