« J’ai attrapé un coup de soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime. »

Richard Cocciante et Jonah Hill, même combat. Ou presque.

Que pouvait-on bien attendre du comédien Jonah Hill une fois passé derrière la caméra ? Un tas de choses, mais certainement pas un tel coup d’éclat. Avec 90’s, sa première réalisation, il signe pourtant l’un des films les plus gracieux de ce premier trimestre 2019. À l’instar de cette première séquence tête dans le mur, l’émotion y est frontale. Planche au pied contre plume à la main, nous reste à voir en quoi.

Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal à trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie.

critique du film 90's

Qui a dit que les boys band étaient ringards ? Certainement pas moi. Du moins, pas tous. Dans le monde de la musique, depuis quelques années, le collectif US et 100% masculin BROCKHAMPTON tend à redorer ce blason moulant et tacheté. Disparate, éclectique, le groupe casse les codes de la musique urbaine en injectant une dose de bromance à leur identité musicale et visuelle. De leurs clips, réalisés par le leader Kevin Abstract lui-même, surgissent ces tranches de vie américaines, localisées, dans la veine du cinéaste Richard Linklater. S’y dégage cet étrange sentiment d’essentiel, de générationnel. Quoiqu’il en soit, ce rapprochement musical n’est pas gratuit, tant la vitalité et la sensibilité du groupe semblent se confondre avec la réalisation de Jonah Hill.

« There’s a party outside, ’til the morning gon’ come
Is you dancing all alone, is you dancing for someone?
There’s a party outside, know the night is young
Is you having fun? »

Avec 90’s, même idée donc. Fuckshit, Ray, Ruben, Fourthgrade, Sunburn : gang d’amis à la beauté spatiale. Charismatique à souhait, la bande amuse autant qu’elle inspire. À les suivre rider, on le ferait jusqu’à ce que roulettes explosent. Témoins et tributs de leur temps, ils incarnent à eux seuls cette époque vendue comme dorée. Mais pas que.

« Bien plus qu’un éloge cool à la décennie 90, Jonah Hill assume son émotivité et témoigne d’une amitié masculine à fleur de peau »

Terrain dangereux, mais résultat vertigineux. Entre acceptation de soi, délitement familial, appréhension du regard des autres (et plus particulièrement de ceux que l’on admire), éveil à l’âge adolescent : tout 90’s n’est que résonance intime. Voire autobiographique. Y plane une mélancolie ronde et belle, légère, caressée sans jamais être troussée. C’est Stevie (aka Sunburn) faisant face au corps d’Estee, à l’heure d’une première fois pétrie de nervosité. Séquence délicate, maladroite, reflet d’une attention particulière à ne jamais trahir l’innocence et la pureté de la démarche. Ramassé, condensé, 90’s ne dure qu’1h25, et pourtant, on trouve encore le temps de peser la préciosité de l’instant. Petit exploit que voilà.

Autre composante du charme et de la réussite du long-métrage : son casting. Excepté pour le noyau familial, formidablement interprété par Lucas Hedges et Katherine Waterson, les principaux comédiens signent leur première apparition à l’écran. Et quelles prestations. Parmi les cinq adolescents, on retiendra particulièrement les performances de Sunny Suljic (Stevie/Sunburn) et de Na-kel Smith (Ray). Soit le plus jeune et le plus âgé de la bande. Alors que le premier goûte enfin aux plaisirs adolescents, Ray, celui suffisamment cool pour ne pas avoir de surnom, en sort progressivement. À eux deux, ils entretiennent une bascule des générations aussi juste que touchante. Enfin, impossible de pas voir dans le jeu introspectif de Fourthgrade, filmant en permanence ses amis, une représentation du réalisateur lui-même. Véritable repère de stars que voilà.

« À la manière d’un instant classic, 90’s se range du côté de ces puissants films générationnels sur la jeunesse étasunienne »

Dans sa ligne de mire : Breakfast Club, Kids, Elephant, Spring Breakers, Boyhood, American Honey ou encore The Social Network. Le parallèle avec ce dernier se trace principalement via la bande-originale du film, elle aussi composée par Trent Reznor & Atticus Ross, délivrant encore une fois une partition aussi minimaliste que lumineuse. En termes de mise en scène, c’est principalement Gus Van Sant qui semble dicter son ambiance. Par ce grain, par cette photographie épurée mais léchée. Pour autant, même si les influences foisonnent, cela n’empêche pas Jonah Hill de s’en dégager et de trouver, régulièrement, sa propre rampe. Ses quelques flashs de pure mise en scène, audacieux et singuliers, en sont la preuve tangible.

Plus drôle, plus enlevé, mais pas moins poétique que les films cités à l’instant, 90’s restera donc comme l’une de ces (très) belles surprises de l’année. S’il est encore un peu tôt pour avancer qu’un réalisateur est né, ne dit-on pas que tout élève est fait pour dépasser ses maîtres ? En tout cas, c’est tout le mal que l’on souhaite à Jonah Hill. Ayant gravi sa propre colline, il peut maintenant, de son sommet, contempler l’étendue de ses souvenirs d’adolescent et, plus encore, celle de son nouveau et indéniable talent.

90’s (Critique) : Smells like "team" spirit
4.0Note Finale
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